dimanche 20 février 2011

Le mouvement réaliste


Le mouvement réaliste


  1. Un mouvement rejetant l'idéalisme et le moralisme

Le mouvement réaliste a d'abord une dimension polémique, elle s'oppose à d'autres mouvements littéraires et artistiques.

=> Il s'agit donc pour les artistes réalistes de donner à la réalité une représentation la plus exacte possible, rejetant l'idéalisation romantique, comme la visée moralisatrice de la littérature bien-pensante.


  1. Une représentation objective de la réalité ?
  • Zola définit en 1881 l'écriture romanesque comme la « reproduction exacte de la vie », dans sa médiocrité, sans véritables héros, mis en scène par un romancier qui s'efforce de disparaître complètement derrière l'action qu'il raconte.
  • Maupassant met en évidence les difficultés de ce type d'écriture, il montre que la réalité est perçue par le romancier et qu'elle ne peut pas être transmise telle quelle : celle-ci est modifiée, décantée, et passe par la sensibilité de l'écrivain.
  • C'est pourquoi souvent, notamment chez Stendhal ou Maupassant, on parle plus de « réalisme subjectif », car la perception de la réalité se fait au travers du filtre de la conscience collective ou du personnage.
=> Il s'agit plutôt de créer l'illusion du vrai ou de la réalité, ou peut aussi parler plus généralement d' »effet de réel » (notion définie par un grand théoricien de la littérature, Roland Barthes).

  1. Quels thèmes sont-ils privilégiés ?

Toute la réalité, même les aspects jusque là méprisés par la littérature. Les artistes réalistes revendiquent une totale liberté dans le choix des sujets, qui sont les suivants :

  • l'argent : la pauvreté, les classes sociales, le développement économique
  • le travail : les différents métiers, les différentes conditions de vie, les conflits sociaux
  • le corps : le corps dans la société, le corps du travailleur, du bourgeois, du paysan, de l'ouvrier, du mineur, les problèmes de santé, etc.
  • le peuple : souvent « oublié » par les fresques historiques, son rôle politique est rappelé dans toute sa force
=> « Étudier non seulement l'homme, mais son état social » (selon Duranty, théoricien de la littérature, qui a créé la revue Réalisme, 1856), élever le peuple jusqu'à la dignité de l'art où il était jusque là absent.

  1. Quels sont les procédés d'écriture ? Caractéristiques de l'écriture réaliste :

    > l'importance des descriptions et leur organisation précise : les nombreuses indications spatiales, temporelles donnent souvent l'impression de donner une représentation complète de la réalité (un paysage, un immeuble, une pièce où se déroule l'action
    > le rôle des adjectifs qui mettent en évidence les connotations péjoratives ou mélioratives
    - par exemple : pour mettre en évidence la pauvreté, la richesse, etc.
    > le point de vue du narrateur :
    - omniscient : il connaît les actions des personnages, leur passé, leur avenir, et accède même à leur pensée
    - ou parfois interne : c'est alors le point de vue du personnage qui domine, on voit par ses yeux, on perçoit par exemple la ville à travers son parcours dans les rues, les immeubles, ou encore on voit les autres personnages par son intermédiaire
    => c'est le réalisme subjectif

     

dimanche 13 février 2011

lundi 7 février 2011

Bérénice: conclusion du commentaire des scènes 1 et 2 de l'acte I


Ces deux premières scènes sont donc bien en effet des scènes d'exposition, car elles jouent plusieurs fonctions :
    1. La fonction générique: la mise en place de l'espace tragique
  • L'espace tragique, un lieu solitaire et superbe
  • traversé par des conflits
  • et présenté comme le lieu où se révèlent des secrets intimes
    2. La fonction dramatique: le personnage choisi est effectivement celui qui se trouve au centre de la constellation triangulaire des personnages
    - Titus sera pris, comme l'espace dans son ensemble, entre une force anonyme, incarnée par « la cour », dépositaire des lois romaines, et une force incarnée dans l'amour pour Bérénice, la reine
    - Bérénice, quant à elle, si son sort ne se dessine par encore de manière nette, demeure omniprésente, alors qu'elle n'est pas là, mais son nom et son titre sont scandés, jusqu'à l'adresse fictive en fin de scène 2
    - car Antiochus, pris par l'hésitation et l'émotion, semble répéter la rencontre qu'il essaye d'obtenir avec elle afin de lui avouer l'amour qu'il a toujours voulu taire, avant de disparaître.
      3. La fonction poétique : le personnage est un être de langage
    Le personnage tragique, ici, en l'occurrence, Antiochus, est lui-même le siège des conflits, et l'expression la plus explicite en est la forme du monologue délibératif.
    Le vers, en l'occurrence, l'alexandrin est la scène privilégiée de cette tragédie, ou plus encore que dans tout autre pièce, « dire c'est faire ». On retient justement la révélation, la parole se fait secrète, jusqu'à ce que le personnage cède à sa passion : il entre alors dans l'univers tragique.
    En effet, il est lui-même traversé par les tensions de l'espace (chiasme), du temps (adresse à un personnage encore absent) et de la passion (rythme heurté de l'alexandrin), enfin de manière plus ample il est le lieu de l'hésitation, de la mise en scène de la possibilité d'une alternative, définissant le tragique racinien.
    La pièce progressera ainsi vers un paroxysme tragique, une fois que les personnages se seront tous dévoilés et renonceront finalement à ce qui les avait fait parler.